génèse

Petite histoire du projet théâtre de la Mission Locale du pays Royannais

Une fondation :  la Fondation Dexia Crédit Local lance chaque année un appel à projets auprès des missions locales afin de les aider à créer ou à inventer, avec les jeunes, de nouvelles formes d’accès à la citoyenneté. En quatre ans, 339 projets citoyens ont été présentés à la Fondation ; 152 d'entre eux ont bénéficié d'un financement (extrait du site http://www.fondationdexiacreditlocal.org).

Une Mission Locale, c'est quoi? La mission locale accueille, oriente, informe et accompagne les jeunes de 16 à 26 ans sortis du système scolaire.

La fondation Dexia a lancé fin 2005 un appel à projet "Participons au débat citoyen" et la Mission Locale du pays Royannais a été retenue.Le projet ? Création et interpétation d'une pièce de théâtre sur le vote et l'abstention par des jeunes de la mission locale.

Ce projet est encadré par des professionnels du théâtre: la Compagnie de l'Abreuvoir.

Et pour le moment, 6 jeunes très motivés ont décidé de prendre part à l'aventure.

Lundi 26 mars 2007

Le groupe "chaque voix compte" se produira le jeudi 12 avril au Centre socio-culturel de royan à 20h30.

Trois autres dates vont suivre:

-le vendredi 27 avril à 21 h à la salle municipale d'Arvert en présence de Mr le Maire et de ses conseillers

-le lundi 14 mai: le groupe présentera la pièce aux collégiens du Collège andré Albert de Saujon à la Salicorne

-le vendredi 25 mai à la salle municipale de l'Eguille à 20h30 en présence de Mr Le maire et de ses conseillers

 

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Mercredi 24 janvier 2007
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Mardi 9 janvier 2007
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Mardi 19 décembre 2006

                              

 

1-    PRÉSENTATION DU PROJET « CHAQUE VOIX COMPTE »[1]

 

 

Etre acteur du système démocratique n’est pas chose aisée. En ce sens, proposer aux usagers d’une mission locale[2] un projet de théâtre sur le droit de vote représente un double défi : celui de parler de citoyenneté et celui d’écrire et de monter sur les planches.

C’est d’abord un défi aux préjugés du style : « les jeunes ne s’intéressent pas à la politique ». En effet, dans son sens premier, celui de vie de la cité, la politique est l’objet de tous, des hommes en société. Mais voilà poindre alors un autre genre de préjugé : « les jeunes – ceux inscrits à la Mission Locale, entre autres - ne sont pas des hommes en société ». Ne faut-il pas voir dans cette revendication de l’exclusion (des autres) une manière pernicieuse d’exclure d’autant plus ? Les préjugés ont la peau dure, hélas.

Autrement dit, le « projet théâtre »[3] qui se met en place en ce moment même entre les murs de la Mission Locale est un questionnement plus ou moins direct sur les catégories[4] d’insertion, de jeune, de citoyen, de droit de vote et de création. La complexité des situations cachées par ces mots intéresse ce projet de recherche.

 

Le projet et ses acteurs

 

 

Quand on parle de théâtre, parler d’acteur semble une évidence[5]. Pourtant, derrière ce mot, plusieurs postures peuvent être adoptées. Il est en effet de bon ton d’« être acteur », dans le sens de personne qui agit, choisit. Un discours voudrait donc que tout le monde ne soit pas « acteur ». Pour aller contre cette idée, j’emploierai le mot « acteur » pour désigner toute personne qui influence de près ou de loin la réalisation en cours, de manière voulue ou non. Dans ce paragraphe, je parlerais principalement de ceux que j’ai pu rencontrer jusqu’à présent.  

Le nombre de jeunes ayant pour l’instant répondu présents est fluctuant. Plutôt que le mot « jeune », je propose de désigner du terme « volontaires » les personnes qui prennent part à l’atelier d’écriture et de théâtre[6]. Un premier groupe de volontaires est donc venu à une première réunion d’information en octobre. Ils sont tous revenus les semaines suivantes, mais certains ont du laisser de côté (pour un temps un définitivement) le projet. D’autres se sont présentés, et il est aujourd’hui assez difficile de dire qui restera jusqu’au terme de l’expérience. Toujours est-il qu’un groupe semble s’être fixé malgré les allers et venus. Pour ceux qui trouveraient une formation ou un emploi pendant l’expérience, il a été envisagé de décaler les répétitions en soirée.

Les volontaires ne se connaissaient pas entre eux avant que ne débute le travail, à l’exception d’un couple. A la troisième réunion, ils sont (presque) tous venus avec un bloc-notes : moment très émouvant pour l’équipe d’animation qui se rendait alors compte que les jeunes voulaient écrire. La seule personne n’ayant pas amené de papier s’est empressée d’en réclamer. Les intentions des uns et des autres commençaient donc à s’éclaircir.  

C’est au sein de la Mission Locale que s’est déroulé une première partie de l’atelier d’écriture (dans la salle de code de l’auto-école sociale). Le personnel d’accueil qui connaissait déjà les jeunes engagés dans le projet, s’est ensuite très vite familiarisé à l’équipe de travail dans son ensemble.

Ensuite, les séances se sont transférées au centre social où elles se déroulent actuellement. En effet, on y trouve une scène et beaucoup plus d’espace que dans les locaux de la mission locale. Par ailleurs, l’accueil y est chaleureux et après les séances, il n’est pas rare que nous prenions un café avec les personnes de l’atelier suivant. 

La « porteuse[7] » du projet, assiste aux réunions de travail (qui sont limitées à deux heures par semaine). Elle a toujours une information - concernant le projet ou le Pays Royannais - à délivrer et son avis est sollicité sur certains points, notamment dans le domaine juridique. 

Ce projet est animé et dirigé dans sa réalisation par une compagnie de professionnels du théâtre et de l’animation, elle-même jeune et dynamique, et dont les trois salariés (entre 25 et 28 ans) ont connu les difficultés propres au statut d’intermittent. Pourtant, ils sont un exemple d’une insertion professionnelle difficilement acquise mais finalement réussie. Ils interviennent tous les trois à chaque réunion.

Quant à moi, je suis chargée, en tant qu’étudiante en anthropologie sociale et culturelle,  d’étudier le déroulement du projet. Je reviendrai ultérieurement sur les outils qui sont et seront utilisés afin que la mission locale, la compagnie et la fondation à l’origine du principal financement puissent tirer profit des succès, échecs et tâtonnements de cette première expérience. J’assiste à toutes les réunions dans leur ensemble.

Notons par ailleurs un fort soutien de la part de la directrice de la Mission Locale, ayant eu elle-même de nombreuses expériences dans le domaine de la mise en scène. D’une manière plus générale, le projet a - dans les discours qui m’ont été délivrés lors d’entretiens en tête à tête avec les conseillers entre autres – une plutôt bonne presse : le théâtre est valorisé comme voie (indirecte) d’accès à l’insertion par les professionnels de la structure.

Pourtant, quelque chose est à noter : ce genre d’initiative n’est pas considérée comme prioritaire. Pour justifier cet aspect des choses, on fait appel à la précarité très (trop) grande de certains publics, se trouvant alors éloignés des activités socio-culturelles encore plus que de l’emploi. Etre un acteur du système démocratique serait alors un luxe réservé à certains. On comprend les inquiétudes que cela peut susciter.  

 

Médiations et premiers questionnements

 

 

« Chaque voix compte » est le nom choisit pour promouvoir le projet auprès du financeur sollicité[8]. En revanche, pour le promouvoir auprès des jeunes qui entrent dans la mission locale (campagne d’affichage), d’autres choix ont été faits par la porteuse du projet, chargée logiquement de la communication l’entourant. Une question se pose alors ici : les jeunes de la mission locale sont-ils sans voix ?

 

L’alternative à parler en mon propre nom à titre représentatif (avec le consentement de quelqu’un d’autre) n’est donc pas parler en mon nom à titre privé, mais n’avoir rien à dire, être, pas même muet : sans voix. 

(Cavell, Les voix de la raison, 1996, p.63)

 

Ce que le philosophe soutient à travers la catégorie de « voix », c’est surtout que l’expression et la prise de parole exigent auditeur, reconnaissance et réponse. La mission locale est ce lieu où la voix de chacun tente de percer. Le projet théâtre s’inscrit directement dans cette exigence de donner la parole : « faire en sorte que les élus prennent en compte la parole des jeunes » (Dossier de candidature).

La pièce écrite et jouée comportera deux parties : la première sur « l’histoire du vote et du suffrage universel », la seconde sur « les conséquences de l’abstentionnisme ». L’appel a projet de la fondation qui finance était au demeurant assez vaste : « Participez au débat citoyen ! » (site Internet de Dexia). Les objectifs du financement étaient d’« intéresser les jeunes au débat citoyen » et d’« impliquer les jeunes dans l’élaboration des politiques locales de la jeunesse » (idem). Evidemment, le choix du vote était judicieux et s’imposait dans la mesure où les années 2007 et 2008 sont « électorales ».

 

Dans une structure dépendante en grande partie – pour ne pas dire en totalité - des subventions, des financements attribués par les institutions de l’Etat, comme l’est la Mission Locale, on se doute que travailler sur le vote comporte quelques dangers éthiques : il n’est peut-être pas possible de « tout » dire. D’autant plus que les jeunes gens participant se doivent de donner une certaine image du projet et de leur travail. C’est dans leur intérêt[9]. L’engagement citoyen est un combat qui ne doit produire que des vainqueurs. Pour préserver le projet et le garder de toute (auto)censure, reste l’un des fondements du droit de vote : nous devons travailler à « bulletin secret ». 

 

Le questionnement qui va donc logiquement sous-tendre ce travail est le suivant : est-il possible d’allier création et insertion ? Qu’est-ce que l’insertion par le biais de la vie citoyenne ? par le biais de l’expression écrite et du théâtre ? Quels sont ses enjeux et ses paradoxes ? Quels rôles peuvent jouer les activités socio-culturelles dans la recherche d’emploi et la construction d’une carrière professionnelle ? La culture peut-elle s’interposer à la précarité ?

Bien sûr, ces questions étant d’un ordre philosophique, l’anthropologie sociale ne peut y répondre. En effet, cette discipline s’attache d’avantage à la dimension concrète des événements. Je me demanderai donc pour cette étude :

En quoi le travail réalisé au sein du projet théâtre permet-il de donner la parole aux volontaires ?

 

- Les choix du vote : Comment construire le spectacle ? Pourquoi, parmi la multiplicité des gestes et mots possibles, en revendiquer certains plus que d’autres ?

- La voix de la « nouvelle troupe » : Comment les acteurs ont-ils appris à parler ensemble[10] ? Comment ont-ils constitué un groupe ?  Comment les animateurs du projet ont-ils pris en compte la parole des jeunes participants ? Comment les jeunes participants ont-ils pris en compte la parole des animateurs ?

- Clamer, déclamer et être citoyen : Comment s’est déroulée la rencontre avec les différents publics du spectacle (et de l’exposition) ? Avec les élus ? Avec les autres jeunes ?

 

 

2-    POINT CRITIQUE : VOTE ET CITOYENNETÉ, QUELS POINTS DE VUE ?

 

 

Il s’agit, pour mener à bien une recherche sérieuse, d’envisager les travaux déjà produits. Deux choses doivent alors être faites par le chercheur. Il doit certes puiser dans ses connaissances, dans les outils bibliographiques acquis au cours de précédents travaux, mais évidemment, il doit aussi en chercher de nouveaux, adaptés au sujet précis de son présent travail. Ces nouveaux textes sont envisagés avec un œil critique. Ils permettent d’ajuster sans cesse les problématiques à l’origine de la recherche, même s’ils sont des sources secondaires comparées aux « sources de première main » que sont les séquences enregistrées avec les interlocuteurs sur le terrain.

Concernant ce projet, je propose de m’intéresser à divers ouvrages[11] traitant de thèmes comme la politique, la citoyenneté, le vote, l’insertion, la jeunesse, etc. Il va sans dire que tout ne peut être lu. En revanche, il semble capital d’acquérir une connaissance la plus vaste possible à l’intérieur de cette bibliographie, afin de retenir ce qui aidera le mieux la recherche. De la même manière, il est important de ne pas négliger la littérature étrangère.

Je vais donc maintenant proposer une première approche critique de quelques textes : que peuvent-ils apporter à ce travail ?

 

La folie des chiffres et des cases

 

 

Souvent, pour étudier « le vote » et ses pratiques on donne le privilège aux sondages, aux chiffres. Il faut évidemment comprendre pourquoi : les élections au suffrage universel concernant, comme leur nom l’indique, l’ensemble des votants, ce qui s’y déroule s’assimile facilement aux phénomènes dit « de masse ». Pourtant, il faudrait commencer à assumer la faiblesse de fiabilité des sondages (et peut-être les envisager d’avantage en tant qu’outils publicitaires), dans le but éventuel de s’éviter quelques surprises désagréables, du type des dernières élections présidentielles.

Ces chiffres, c’est un problème de taille, se retrouvent aussi dans les textes sur l’insertion professionnelle des jeunes. L’insertion professionnelle des jeunes en France de Nicole-Drancourt et Roulleau-Berger permet de faire un point sur les différentes enquêtes menées dans ce domaine (Jeunes et Carrières, Génération 92, travaux sociologique de François Dubet, etc). Elles mettent en évidence que l’insertion est un problème qui a souvent été envisagée d’un point de vue économique et statistique : il ne faut pas s’étonner alors de voir ce champ de recherche criblé de chiffres. Cependant, ces auteurs évoquent une « idéologie de l’insertion » (Nicole-Drancourt, Roulleau-Berger, 2002 [1995], p.99) basée sur la solidarité, l’équité et la médiation caractérisant les pratiques des professionnels. Afin que le travail correspondant puisse être mis en place, il semble que les instances gouvernementales aient besoin de chiffres.

Tout ne peut donc être mesuré et certaines mesures se font inutiles et surtout, risquent de ne recouvrir qu’une partie de la réalité : n’oublions jamais que les chiffres sont produits par des hommes, et en ce sens sont les résultats de pratiques culturellement, socialement définies[12]. De la même manière, il faut parfois questionner la volonté sociologique de faire entrer les individus dans des cases : le but de la manœuvre n’est pas de rendre compte d’une réalité, mais bien de prévoir l’avenir. Pourtant, les hommes ont montré leur capacité à surprendre les autres hommes qui vivent avec eux ou qui les regardent. Personne ne mérite que sa réalité soit réduite à une ou deux variables. Bref, ni case, ni chiffres, pour parler du vote : voilà ce que revendique le présent projet de recherche. Les déterminismes s’inscrivent dans des situations dont la finesse ne peut plus être écartée.   

En effet, l’anthropologie sociale propose une autre voie pour aborder les phénomènes ayant traits aux relations entre les personnes. Sans jamais renier que la vie est un jeu social et que les actions humaines sont hautement produites en fonction des autres humains, la discipline propose une micro approche de ce qui se déroule entre les hommes. Autrement dit, elle met en doute l’intérêt des interprétations en termes de « phénomène de masse » et elle revendique la possibilité de faire entendre, s’il le souhaite, la voix de chaque acteur. On comprend pourquoi une structure comme la Mission Locale qui, à travers le travail des conseillers, est très centrée justement sur le dialogue et la recherche de solutions adaptées à chacun peut être intéressée par ce genre de démarche.

Pourtant, d’autres impératifs semblent poindre dans les mission locales et plus généralement dans le domaine du travail social : il faut produire, encore et toujours, des chiffres. Quelque chose peut ici surprendre : c’est ce que souligne le sociologue Philippe Labbé en dénonçant un état de fait « agaçant » : voyant que le chômage persiste et que d’une manière plus générale la précarité, l’instabilité de l’emploi, les CDD et autres temps partiels ne permettent pas une insertion professionnelle durable, « on » (les autorités et les divers observateurs) jette la pierre aux structures d’insertion telles que les Missions Locales, au lieu de pointer du doigt certaines pratiques des entreprises et des pouvoirs publics. Produire ce genre de critique serait d’autant plus facile que les professionnels de l’insertion ont la réputation d’être idéologiquement hermétiques aux stratégies des entrepreneurs.

C’est d’ailleurs toute l’enquête publiée dans ASH Magazine en septembre/octobre 2006 qui soulève cette histoire de « gestion comptable de la relation d’aide » (p.19). La température paraît prise avec une certaine précision dans ce dossier sur les malaises du travail social : cette « gestion comptable » est dénoncée dans tous les bureaux de la Mission Locale du Pays Royannais.

 

Le théâtre-forum : une expérience de citoyenneté

 

 

Un hors série de la revue Territoires se consacrait, en avril 1994, à relater et penser une expérience de citoyenneté médiatisée par le théâtre. Cet art y est présenté comme assez difficile à défendre et à proposer (à l’époque, du moins), notamment, du fait de « barrières sociales et culturelles assez opaques », écrit François Hannoyer (p.7). Le dossier dans son ensemble, suite aux travaux menés dans divers quartiers par Arc-en-Ciel Théâtre, pose la question capitale, à mon avis, de la place de la culture[13] dans le social.

L’expérience mettait en cause l’insertion à tous crins, ou plutôt la possibilité de faire entrer dans des modèles des acteurs dont on recherche l’autonomie d’une part et l’engagement, d’autre part : « Notre parole devrait plutôt être d’aider les jeunes à trouver leur propre parcours culturel plutôt que d’imposer nos modèles », écrivaient, utopiques, les participants à un cycle de conférence dans/sur le journal mural proposé (Territoires, 1994, p.12). Pourtant, quelques pages plus loin, une définition très intéressante de l’insertion et proposée : « Etre inséré, c’est pouvoir manipuler sa propre culture » (idem, p.25).

 

Le théâtre est par ailleurs un art cher aux anthropologues : il est en soi anthropologie, c’est-à-dire qu’il rend visible ce que les effets du quotidien ont masqué, ce que l’ordinaire ne permet plus de questionner. C’est en ce sens qu’il est un outil très important pour le citoyen.

Les travaux des sociologues interactionnistes américains, dont Erving Goffman fut, à mon sens, le représentant le plus proche des préoccupations des anthropologues, se basèrent en grande partie sur le présupposé suivant : « Ainsi du langage : il est notre carapace et nos antennes, il nous protège contre les autres et nous renseigne sur eux, c’est un prolongement de nos sens » (Sartre, 1948, p.26). Pour Goffman, qui avait lu Sartre, le théâtre est partout. Il utilise sans cesse la métaphore théâtrale. Il étire les concepts de représentation et d’acteur, de sorte que le monde social a pris, avec lui, un tournant capital : nous pouvons regarder ce qui se passe entre les individus, concrètement, sans faire appel aux statistiques ni aux questionnaires.

 

En présence d’autrui, l’acteur incorpore à son activité des signes qui donnent un éclat et un relief dramatiques à des faits qui, autrement, pourraient passer inaperçus ou ne pas être compris. En effet, si l’acteur veut que son activité ait une réelle portée au regard de ses interlocuteurs, il lui faut exprimer pendant l’interaction ce qu’il désire communiquer.

 

(Goffman, 1973, La mise en scène de la vie quotidienne, 1- la présentation de soi,  p.36).

 

Le théâtre est donc une arme de l’anthropologie : mais quelle arme est-ce pour le citoyen ? Il semble que savoir jouer un rôle n’ait pas de valeur, ne puisse être quantifié : savoir jouer un rôle, c’est en un sens savoir être, savoir manipuler sa propre culture.

 

 

Pour conclure concernant la recherche bibliographique qui accompagne ce projet de part et d’autre (tous les acteurs du projet théâtre sont investis dans cette recherche d’une information préexistante au texte qu’il faut écrire : le projet théâtre est une recherche), je signale que cette présentation s’achève par une bibliographie comportant d’une part les textes consultés et d’autre part ceux qui vont l’être. Ce n’est évidemment pas une bibliographie exhaustive.

 

3-    MÉTHODE D’ENQUÊTE

 

 

Il faut savoir adapter la méthode au terrain. Pour cette enquête au sein de la mission locale, ma place est encore un peu floue. Ce qui suit a pour but d’en proposer une description et une définition.

 

Une place vide ?

 

 

L’anthropologue doit chercher dans le monde professionnel actuel, une place vide. Plutôt, il doit la creuser car ses travaux, s’ils sont reconnus une fois terminés, n’ont pas encore la fonctionnalité de ceux des sociologues et des psychologues dans le monde de la représentativité exigée des individus : ils ne produisent ni chiffres, ni comportements types. Se pose alors la question de l’application des travaux de cette discipline. Depuis longtemps, l’anthropologie a cessé de penser que l’observateur extérieur était en droit d’orienter les pratiques d’autrui[14]. Il ne s’agit pas d’influencer, mais bien plutôt de rendre compte des différentes influences de chacun. Il n’y a pas d’experts, mais bien des observateurs fins de ce qui se passe.

Il est évident que la présence d’un observateur modifie les comportements des uns et des autres. Une multitude d’énigmes prend alors vie sur le terrain de l’enquête : toute observation est participation. Mais toute participation n’est pas application des résultats. Voilà tout le handicap et l’inconfort de l’anthropologue.

Son atout est pourtant de focaliser son attention sur des situations bien particulières, inédites, certes, mais faisant appel à une multitude de connaissances dites « d’arrière-plan » (Gumperz, 1989, p.28). Partant du principe que les relations entre les individus ne sont jamais simples, mieux vaut assumer de faire partie intégrante de ces relations : c’est une des clefs du travail anthropologique qui se pose donc comme un engagement obligé sur le terrain.

Pour ce projet théâtre dans le cadre de la Mission Locale, mon engagement a tout de suite été assez important, d’autant plus que je connaissais la compagnie qui l’anime. Mais on n’attendait visiblement pas cet engagement de ma part : je devais plutôt « observer » le projet, en tenant compte de ma présence physique sur les lieux. D’autres freins à mon engagement se sont présentés assez rapidement, notamment à travers cette question centrale : à qui va servir ce travail ? Je décidais de ne faire profiter que très ponctuellement de mes remarques avant le rendu du texte final.

 

Voilà comment s’organise ma présence sur ce que les anthropologues appellent pompeusement « le terrain » : j’y suis tous les mardis. Les premiers temps, je m’arrangeais le mardi matin pour avoir un rendez-vous avec un membre du personnel de la mission locale[15], dans le but de faire un entretien de face à face, nous y reviendrons. Pendant que j’attendais dans le salon de l’accueil, j’observais, ou je discutais avec l’hôtesse, sans but précis, bien que parfois j’aie eu une ou deux questions à poser. Autour de 13 heures, il m’arrive de rejoindre  l’équipe de la Compagnie dans leurs locaux pour savoir comment ils ont préparé la séance et pour leur communiquer quelques remarques sur les interactions de la séance précédente. Le cas échéant, il m’arrive d’enregistrer ces réunions informelles mais, bien sûr, toujours avec leur accord. Ensuite, vient le temps de la séance de travail à proprement parler. Je prends des notes vagues, j’enregistre (tout le monde étant là aussi d’accord) et j’essaie surtout de ne pas parler. Je reconnais que ça m’est difficile. Il arrive que des fois on sollicite ma parole : je me trouve alors tiraillée entre cet engagement spontané, cet intérêt personnel pour la question, et ma volonté de rester à une place distante des événements.

Que j’intervienne ou que je n’intervienne pas dans les réunions ne changerait pas ma méthode de travail par la suite : la présence d’un observateur, même silencieux, influence les comportements. Il faut donc toujours en tenir compte dans l’analyse. Le fait qu’on ait refreiné mon enthousiasme est d’ailleurs une donnée très intéressante pour l’enquête. En effet, elle participe de la constitution du groupe de travail, de la « nouvelle troupe » : nous sommes tous en train de nous mettre d’accord.

 

Par ailleurs – et c’est un point capital pour ce travail – je pense qu’en discutant, en intervenant de ci de là pendant les séances, non à titre d’anthropologue, mais bien plutôt comme une volontaire de plus, j’enlève la dimension de surveillance que pourrait revêtir ce projet dans le projet. En effet, il n’est pas question que le présent travail serve à surveiller le travail des uns et des autres, volontaires ou encadrants. Evidemment, ces considérations en appellent une autre : celle de l’anonymat. Il est plutôt difficile à mettre en place mais tout à fait essentiel : l’anthropologie n’est pas une surveillance des individus.

A la suite de la séance, le mardi, j’ai parfois eu un autre rendez-vous avec quelqu’un du personnel de la mission locale. Depuis fin novembre, j’essaie de mettre en place des entretiens avec les volontaires du projet.

Je vais aussi être présente pendant les temps forts de ce projet : les représentations, cela va sans dire, mais aussi la remise du prix par la Fondation Dexia le 19 décembre 2006. A cette occasion, j’espère pouvoir fixer des rendez-vous avec quelques uns des invités. Tous les acteurs de ce projet seront sollicités pour faire un entretien de face à face.   

Le but est donc de se faire une place dans les rouages du projet. J’ai évidemment conscience que je n’accèderai pas à toutes les informations. Celles qui me feront défaut pourront peut-être faire l’objet de questions précises, de recherches bibliographiques ou autre. Parfois, quand une énigme ne peut être résolue, quand quelque chose bloque l’information, la médiatise ou l’occulte, des traces apparaissent.

 

 

 

Produire les traces

 

 

L’anthropologue est un chercheur qui produit en très grande partie ses sources par le biais des entretiens et d’autres types d’enregistrement. La Mission Locale se prête parfaitement à ces pratiques : les bureaux (ou « boxes ») des conseilles permettent un tête à tête cloisonné. Par ailleurs, les participants au projet ont accepté l’enregistrement des séances sans aucun problème.

Ce matériau enregistré est très utile et très riche pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on peut le réécouter à l’infini : les hésitations, les soupirs, les silences et les intonations ne passent pas inaperçus. De plus on peut retranscrire ce discours. Le dit passe donc à l’écrit, ou du moins, il est fixé sur un support. En effet, deuxième avantage du discours enregistré : il est une archive. Cela permet de créditer ce que Michel Foucault nommait « les savoirs assujettis ». Chacun ainsi accède à une conscience historique du dit, bien qu’elle soit atténuée et combattue par l’urgence des interactions. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’enregistrement gêne parfois ceux qui croisent les anthropologues. C’est aussi pour cette raison que la proposition de la compagnie de travailler avec un support vidéo est tout à fait intéressante. Les séances enregistrées sont un premier pas vers la citoyenneté.

En enregistrant, le chercheur s’offre le luxe de pouvoir réécouter des informations de premières mains obtenues sur le terrain. Il peut ainsi déceler ces petits moments où la communication ne va plus de soit, et, à l’instar des historiens, hiérarchiser les sources d’information. Il ne cherche pas ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas : il cherche la proximité à l’instant, il cherche à assister à ce qui se passe.     

Les informations enregistrées, pour être anonymes, n’en sont pas moins uniques :

 

Outre leur qualité relative, la force de ces données réside dans leur singularité. Dès lors, toute extrapolation à d’autres contextes, toute généralisation qui ne s’appuierait pas sur des informations chaque fois vérifiées ne peut qu’être refusée. En un mot, toute conjecture devient inacceptable

 

(Traimond, 2004, p.19).

 

Ce postulat gêne a priori qui n’est pas prêt à assumer que la recherche de solutions efficaces passe par la connaissance du terrain. Heureusement, en Mission Locale, dire cela, c’est (a priori) prêcher des convaincus.

 

par julie campagne publié dans : suivi du projet
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Mercredi 22 novembre 2006
le 14 novembre, les jeunes ont pris place sur une vraie scène de théâtre. Une petite mise en jambe avant les vraies répétitions, à ce jour nous en sommes encore à l'écriture.
par mission locale publié dans : groupe de travail
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Mercredi 8 novembre 2006

Le groupe vient de commencer l'écriture de la pièce.

L'écriture se fait après des improvisations sur scène, tout le monde est très motivé

Des jeunes d'une formation proposée par la Mission Locale sont venus se joindre à nous. Espèrons qu'ils aient adhéré au projet et qu'ils revienent la semaine prochaine. Nous sommes quasi-sûrs car certains avaient l'oeil qui brillait pendant l'atelier.

par mission locale publié dans : groupe de travail
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Vendredi 27 octobre 2006
par mission locale publié dans : chaquevoixcompte
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Vendredi 27 octobre 2006
LES METTEURS EN SCENE
 
Emilie Escure-Delpeuch et Ludovic Damiens
 
 
 
 
Après un bac littéraire, ils s’inscrivent au Cours Florent.
Formation de trois ans.
Première année avec Vitas Kraujélis (sociétaire de la Comédie Française)
La seconde dirigée par Stéphane Auvray-Nauroy, professeur qui va les influencer dans leur manière de penser le théâtre ; réalisation d’un travail sur le Cartel.
Année également consacrée au jeu devant la caméra avec le réalisateur Yvon Marciano (« Le cri de la soie »).
Dernière année reconduite avec Stéphane Auvray-Nauroy, mais également Benoît Guibert ; ainsi que des ateliers avec Michel Fau. Côté cinéma, un travail « derrière la caméra » réalisé avec Olivier Brunet (« Emilie »).
Cette formation a eu pour aboutissement leur première mise en scène : « Amphitryon » de Plaute représentée au sein de l’école et dans un centre d’animation parisien.
De retour en Charente-Maritime, ils créent la « Compagnie de l’Abreuvoir ». Ils montent « Une Noce » de Tchekhov, « Le Chevalier des Dames » de Labiche, «La Cantatrice Chauve » d’Eugène Ionesco et ont récemment monté « Derniers remords avant l’oubli » de Jean-Luc Lagarce.
par mission locale publié dans : chaquevoixcompte
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